Théâtre du Bois de Coulonge Site commémoratif
J.-M. Lemieux
Livre d'or

  

Théâtre du Bois de Coulonge

35 ans déjà !

Entrer dans une salle de théâtre pendant qu'un acteur joue, c'est poser une main sur l'épaule d'un homme qui est en train de dessiner.


                                                      S. Guitry, Théâtre je t'adore.

  

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         www.theatreduboisdecoulonge.com

                      Patrick Lemieux

                

Ce site vous propose de vivre ou de revivre une des plus exaltantes aventures théâtrales développée au coeur de la ville de Québec, celle de la création et de l’évolution du Théâtre du Bois de Coulonge entre 1977 et 1995.



Vous y trouverez divers exposés et références. Exposé sur le caractère novateur de l’entreprise, de l’équipe, exposé sur la localisation et l’architecture du lieu. Une multitude de détails éclaireront son activité au fil des ans : contenus des programmations, liste des distributions et soutien à la technique, travail parallèle de lecture, de traduction et d’adaptation. S’ajouteront divers facteurs ayant contribués au rayonnement local, national et international du Théâtre du Bois de Coulonge. Une place sera faite à la dimension “ animation “ à travers les balbutiements du Théâtre pour enfants et la convergence des liens possibles avec d’autres arts dont  les arts plastiques. On y verra se déployer un  théâtre en été offrant le bourdonnement et l’engagement de quatre saisons en une.



Vous aurez accès à des documents matériels complémentaires au texte: photographies de plateau, reproductions de publicités, de programmes et d’affiches, d’articles de journaux et d’anecdotes privilégiées.



Les trois coups vont retentir… Bienvenue en ce site proposé comme un “ work in progress “ de l’histoire du Théâtre du Bois de Coulonge et de sa présence unique, digne des Molière, des Michel Tremblay et Jean-Marie Lemieux de ce monde. 




  

Le commencement...


À Bois-de-Coulonge, un embryon de Stratford ?

Depuis l'incendie de la résidence du lieutenant gouverneur, le gouvernement du Québec s'interroge sur la vocation de l'ancienne Châtellenie de Coulonge. Depuis une dizaine d'années, il est question, dans la Vieille Capitale, d'un festival de théâtre qui serait le pendant de celui de Stratford en Ontario. Il y a deux ans, et malgré les protestations de certains notables, Bois-de-Coulonge accueillit la Superfrancofête; des milliers de Québécois et d'étrangers découvrirent la beauté du domaine et commencèrent à le fréquenter. Cette année, Jean-Marie Lemieux, prenant de vitesse tous ses collègues, y a planté sa tente et y reprend les Grands Soleils de Jacques Ferron. Martial Dassylva a rencontré Lemieux qui lui a parlé de la naissance du Théâtre du Bois de Coulonge et de ses projets. Notre critique dramatique a également assisté à une représentation de la pièce de Ferron et nous fait part de sa réaction...

Vers le grand projet du Bois de Coulonge

On aurait bien voulu commencer en plus grand. On avait même envisagé, par exemple, de mettre à l'affiche cet été deux productions; les Grands Soleils de Jacques Ferron et une reprise du Tartuffe de Molière préparé la saison dernière par Olivier Reichenbach pour le Centre National des Arts d'Ottawa. La direction du CNA avait même offert de prêter gratuitement accessoires et costumes de ce spectacle remarquable sur le plan visuel et dans lequel Jean-Marie Lemieux jouait le rôle principal. Mais il a fallu bien vite se rendre à l'évidence que le nerf de la guerre, l'argent ne serait pas suffisant pour la réalisation de tous les projets qu'on avait en tête. Il a donc fallu renoncer à la deuxième production et attendre une autre année avant de pouvoir acheter la tente à structure tridimensionnelle démontable qu'on avait prévue. En lieu et place de celle-ci, on a loué pour la somme de 300 $ par soir l'une des tentes utilisées naguère par Radio-Canada pour ses émissions jeunesse.

Quant au projet concernant Tartuffe il a été tout simplement abandonné. C'est dommage, car il y avait pour $40,000 d'accessoires et de costumes. Et pour la saison en cours on essaiera de s'en tenir à des prévisions budgétaires de $110,000, dont $18,000 affectés à la location de la tente, $25,000 aux salaires des comédiens et $45,000 à la production elle-même. En regard de ces dépenses, on escompte des rentrées de $27,000 en subventions ($22,000 des Affaires Culturelles du Québec, $5,000 du Conseil des Arts d'Ottawa) et des dons en provenance de l'entreprise privée atteignant 10 à 11,000 dollars. La différence devrait être absorbée par la vente des billets. Et pour y arriver, Jean-Marie Lemieux, le grand patron de cette nouvelle aventure théâtrale, affirme qu'on a budgété en se basant sur une moyenne de fréquentation de 50 % soit 300 spectateurs pour une cinquantaine de représentations. De son propre avis, la projection est très conservatrice et cette moyenne devrait être atteinte sans trop de difficulté, compte tenu du fait que les huit premières représentations ont attiré chacune une moyenne de 313 spectateurs et que pendant les Week-Ends on joue pratiquement à guichet fermé.

Théâtre et affaires

Voilà pour les chiffres. Avec un pareil préambule, on pourrait croire qu'en lançant le Théâtre du Bois de Coulonge Jean-Marie Lemieux le mémorable interprète du rôle de Mgr Charbonneau et le chef, s'est lancé en affaires ou a ouvert une binerie... de luxe comme de raison. Au fait, les plus beaux rêves comme les projets les plus mirobolants sont soumis, d'entrée de jeu à l'épreuve de l'économique. Jean-Marie Lemieux s'en est vite rendu compte lorsque ce printemps il a entrepris des démarches pour obtenir des subventions et qu'on lui a clairement indiqué qu'on ne donnait pas d'argent pour des dépenses d'immobilisation.

Le projet de présenter du théâtre à Bois de Coulonge est né en mai de l'année dernière et s'est concrétisé en septembre alors qu'une lettre du ministre Tetley alors responsable des Travaux publics et de l'Approvisionnement annonçait l'accord du gouvernement. Cet accord ne prévoyait aucun service, sauf celui des vidanges et des travaux de nettoyage du parc et était assorti d'une condition : ne pas abîmer le terrain. À l'époque le ministère des Affaires Culturelles avait selon Jean-Marie Lemieux souscrit au projet et laissé pressentir la possibilité d'octroyer une subvention.

Les élections du 15 novembre ont comme chacun le sait causé passablement de brasse canayenne dans la politique québécoise. Le projet de théâtre à Bois de Coulonge en a subi momentanément les contrecoups, la nouvelle administration révisant tous les contrats, accords ou ententes intervenus au cours des mois précédant immédiatement le 15 novembre.

Mais c'est au ministère des Affaires Culturelles que les choses devaient se gâter, les hauts fonctionnaires n'ayant semblent-ils plus du tout le même enthousiasme envers le projet qu'avant le 15 novembre. Et ce n'est que la semaine dernière que Jean-Marie Lemieux a reçu la confirmation qu'on lui remettrait une subvention de $22,000 pour sa première année d'activité. Lemieux possède un bail de trois ans à Bois de Coulonge. Sa tente est installée au-dessus de la coulée, près de l'érablière à quelques mille pieds des dépendances adjacentes à la résidence principale détruite par un incendie le 21 février 1966. Le lieutenant-gouverneur du Québec n'habite plus Bois de Coulonge, le gouvernement ayant décidé de ne pas reconstruire l'édifice incendié.

L’équipe péquiste suivant en cela les traces du gouvernement libéral voudrait rendre le domaine de Bois de Coulonge au grand public. Les habitants de Sillery et de Québec peuvent se promener dans les allées du parc, mais il semble que le taux de fréquentation du parc soit plutôt bas. La présence d'un théâtre d'été rejoint donc dans une certaine mesure les préoccupations des autorités.

Festival de répertoire

Jean-Marie Lemieux voudrait que le Théâtre du Bois de Coulonge devienne une espèce de mini-Stratford.  Il voudrait également que le programme soit entièrement consacré au théâtre de répertoire.  J'ai tellement fait de boulevard dira-t-il pour justifier cette prise de position que je commençais à être pas mal tanné.  Je n'ai jamais compris pourquoi l'été on ne voulait pas jouer autre chose que du boulevard.  Bernard Andrès dans sa critique de notre spectacle a eu une expression frappante à ce sujet. Il parle, si je me souviens bien de cette mentalité voulant que vacances soit synonyme de vacuité.  Quoi qu'il en soit, j'aimerais mettre à l'affiche trois ou quatre pièces différentes par année.  Cette année, nous avons dû nous contenter d'une production, mais l'an prochain il y en aura sûrement deux.  Plusieurs oeuvres sont actuellement à l'étude.  Lemieux évoquera la possibilité de monter Auguste, Auguste, Auguste de Pavel Kohout et une pièce de Patricia Dumas sur la Corriveau.  Le théâtre de répertoire que Lemieux entend offrir à Bois de Coulonge ne sera pas nécessairement québécois et de création "Mais je me connais, ajoutera-t-il.  Il y a énormément à parier qu'il y aura chaque saison une oeuvre de théâtre québécois inscrite au programme.  Mais le but premier du Théâtre du Bois de Coulonge, rappellera Lemieux n'est pas la création.  Pour la bonne raison qu'à Québec même il y a une couple de groupes qui s'y consacrent entièrement.  Jean Guy, par exemple, ne fait que cela.

Un maire "pompé"

Et pour le coup d'envol, pourquoi avoir choisi les Grands Soleils de Jacques Ferron?  "Je sais que vous n'avez pas aimé la pièce à la création, répond Lemieux, mais moi ce qui me l'a toujours fait aimer, cette pièce-là, c'est son écriture.  Je tripe d'ailleurs beaucoup sur Ferron.  Une fois par semaine, je fais le gardiennage de la tente la nuit.  Il faut bien donner un petit congé au gardien en titre et j'en profite pour relire l'oeuvre entière de Ferron.  Et puis avec les évènements du 18 novembre je crois que les Grands Soleils ont pris un coup de jeune sur le plan des idées.  La pièce a été écrite en 1959 et créée en 1968.  La version que nous louons est plus près de celle de 1959 que de celle de 1968.  En tout cas, l'oeuvre de Ferron n'est pas de tout repos.  Lemieux racontera que le soir de la première, le maire de Sillery, Charles Blais, un fédéraliste notoire est sorti de la tente "tout pompé", convaincu d'avoir été entrainé dans une aventure piégée.  Il parait que depuis il est revenu à de meilleurs sentiments.  L'anecdote ne manque pas de saveur quand on songe que Ferron met dans la bouche de Mithridate, le robineux-philosophe des Grands Soleils cette réflexion où il est dit que le Théâtre ce n'est jamais gratuit, c'est machiné, prémédité, concerté, c'est un appareil de sédition masqué par les feux des projecteurs et les besoins de l'amusement.

Arts & Lettres culture et communications, cahier D, La Presse 23 juillet 1977, Martial Dassylva